Pénurie médicaments France
le 15/07/2019

Médicaments : les causes et les solutions d’une pénurie inquiétante

Depuis quelques années déjà, une pénurie de médicaments s’est installée en France et toucherait un quart des Français. Si dix ans plus tôt, elle impactait une quarantaine de médicaments, elle en affecte aujourd’hui treize fois plus.

Miltis vous en dit plus sur les causes de cette pénurie et les solutions mises en place par le Gouvernement pour y remédier.

 

À quoi est due la pénurie de médicaments ?

Il n’y a pas que l’homéopathie qui fait parler d’elle en ce moment, une pénurie de médicaments qui existe depuis plusieurs années monte en puissance depuis le début de 2019. 1 200 traitements et vaccins seraient concernés par des ruptures de stocks ou par des problèmes d’approvisionnements. Nos voisins Belges et Suisses sont aussi concernés par ce sujet. Parmi les plus impactés par la pénurie, les corticoïdes sont presque introuvables (notamment la Prednisone et la Prednisolone utilisées contre les allergies, les scléroses en plaques ou encore l’asthme) ainsi que des vaccins (contre la tuberculose notamment) et certains anticancers.

Il existe plusieurs causes à cette pénurie qui risque de bien progresser jusqu’à 2020. La première est purement économique : d’après quelques laboratoires pharmaceutiques, certains médicaments ne seraient pas assez rentables. En effet, l’Etat Français fixe des prix de vente qui n’intéresseraient pas ces derniers car certains pays d’Europe proposent des tarifs deux à trois fois plus chers. Ces montants moins coûteux dans notre pays s’expliquent par la volonté d’un remboursement faible par la Sécurité Sociale. La France passe ainsi en second plan aux yeux des laboratoires qui vont favoriser les autres pays. Mais ce n’est pas tout, la cause peut aussi provenir d’un manque de capacité. Effectivement, pour certains médicaments, il n’existe qu’une seule usine de fabrication. Il suffit donc d’une panne pour que l’usine ne soit pas opérationnelle et qu’aucune autre ne puisse la remplacer. De plus, les chaînes de productions sont énormément contrôlées, ce qui peut provoquer des retards considérables.

Enfin, la fabrication des médicaments se fait maintenant dans différentes usines situées dans plusieurs pays d’Asie ainsi qu’aux Etats-Unis. Le coût de production étant moins cher dans ces pays qu’en Europe (dans les années 1990, 80% des usines fabriquant des médicaments à destination de notre continent étaient localisées en Europe). Ainsi, le manque de capacité, les retards, la délocalisation de la fabrication et la production en flux-tendu (réduire au maximum les stocks) ne permettent pas d’avoir des provisions de médicaments suffisantes et provoquent donc une pénurie.

Quelles sont les solutions pour éviter les pénuries de médicaments ?

Cette pénurie montre à quel point nous sommes dépendants de ces médicaments qui nous permettent de rester en bonne santé. En manquer peut facilement être source d’angoisses et dégrader la santé de certaines personnes souffrant des pathologies les plus graves. Si quelques patients peuvent se voir conseiller de prendre un traitement alternatif, ce dernier peut tout aussi être mal adapté. C’est dans ce contexte qu’Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, a publié la semaine dernière une feuille de route provisoire comprenant 28 actions pour lutter contre cette pénurie. Ce document est divisé en quatre axes :

  1. Mise en avant de la transparence et de la qualité de l’information de tous les acteurs (professionnel de la santé et patient) rendue plus fluide. La communication entre le pharmacien et ses patients devrait être améliorée, il pourrait ainsi donner en temps réel la disponibilité de médicaments ou de traitements. De plus, une plateforme appelée DP-Ruptures va être généralisée pour permettre aux pharmaciens de signaler toutes pénuries.
  2. Ajout de nouvelles actions de prévention et de gestion sur la chaîne de production. Ces actions auront l’avantage d’être ciblées et adaptées à chaque acteur de la chaîne de production. L’une d’entre elles permet notamment de renforcer l’évaluation des plans de gestions des pénuries (plan destiné aux médicaments dont le remplacement est complexe) qui s’étendra aux laboratoires pharmaceutiques ayant déjà eu une pénurie.
  3. Raffermissement de la coordination nationale et européenne dans le but d’anticiper d’autres pénuries à venir. Le but étant d’améliorer le partage d’informations à l’échelle européenne sur les pénuries et leurs causes afin de prendre les meilleures décisions. Cet axe a aussi pour motivation de maintenir et relocaliser des usines de fabrications à l’intérieur de l’Europe.
  4. Mise en place d’une nouvelle gouvernance nationale chargée d’élaborer des stratégies de prévention et d’offensive contre les pénuries de médicaments. Intitulé COPIL, ce comité de pilotage rassemblera l’ensemble des acteurs concernés. Enfin, la feuille de route se verra évaluée chaque année afin d’analyser « de manière continue les causes et les déterminants des pénuries ».

Lutter contre cette pénurie inquiétante ne sera pas de tout repos, les actions listées dans ce document seront déployées entre 2019 et 2023. D’autres mesures seront ajoutées d’ici septembre où un plan définitif sera rendu publique.

Consultez d’autres actualités santé

article précédent retour à la liste article suivant